MONTAG, 17. AUGUST 2026
Femme montrant l'utilisation du fil dentaire entre ses dents blanches pour une hygiène optimalegénéré par IA

Utilisation du fil dentaire : avant ou après le brossage ?

Faut-il passer le fil dentaire avant ou après le brossage des dents ? Cette question divise les professionnels de la santé et les patients depuis des décennies. Alors que plus de 80 % de la population n’a pas recours à une utilisation du fil dentaire régulière, les dentistes eux-mêmes ont longtemps débattu du protocole d’hygiène bucco-dentaire optimal. Une étude randomisée contrôlée publiée en 2018 a enfin apporté une réponse tranchée, assortie de conclusions très instructives.

Points clés à retenir

  • L’ordre idéal enfin prouvé : Une étude randomisée contrôlée de 2018 démontre que passer D’ABORD le fil dentaire, PUIS procéder au brossage des dents élimine davantage de plaque dentaire et améliore la rétention du fluor dans les espaces interdentaires.
  • Des données scientifiques limitées mais réelles : Seules 3 études sur 11 ont relevé un bénéfice statistiquement significatif en complément du brossage. En cause : la faible rigueur méthodologique des études historiques, et non un manque d’efficacité du geste.
  • Un débat vif au sein de la profession : Certains détracteurs ont ironiquement comparé les partisans du fil dentaire à des adeptes de théories complotistes, mettant en lumière les faiblesses méthodologiques de la recherche dentaire.
  • Des espaces interdentaires vulnérables : Les zones situées entre les dents représentent 40 % de la surface dentaire totale. Ces zones difficiles d’accès favorisent l’accumulation silencieuse de plaque et de bactéries responsables des caries.
  • Une efficacité similaire pour tous les modèles : Fil ciré ou non ciré, extra-résistant ou standard : aucune différence clinique majeure n’a été démontrée concernant l’élimination de la plaque.
  • Le rôle fondamental du fluor : Débuter par le fil dentaire permet au fluor contenu dans le dentifrice de mieux pénétrer dans les espaces interdentaires préalablement libérés de tout débris.

Le fil dentaire : entre preuves cliniques et controverses

À quoi sert le fil dentaire exactement ?

Pendant de nombreuses années, il a été unanimement admis qu’une utilisation du fil dentaire méticuleuse pouvait éliminer jusqu’à 80 % de la plaque dentaire accumulée entre les dents. Cette donnée est issue d’essais cliniques dans lesquels les participants devaient passer le fil dentaire uniquement sur une moitié de leur mâchoire, l’autre moitié servant de groupe témoin.

Dans l’une de ces études, les volontaires ont dû cesser tout brossage des dents inférieures pendant trois semaines afin de laisser la plaque s’accumuler. Le fil dentaire n’a ensuite été utilisé que sur un côté. Après trois semaines, les résultats ont mis en évidence :

  • Une réduction d’environ 60 % de la plaque dentaire par rapport aux dents témoins
  • Une diminution significative de la gingivite (inflammation des gencives)
  • Une réduction notable du saignement gingival au sondage
  • Une nette amélioration des autres marqueurs d’inflammation des gencives

Cependant : ces recherches ont seulement prouvé que passer le fil dentaire était plus efficace que de ne rien faire du tout. La question centrale restait en suspens : l’association fil dentaire + brossage des dents surpasse-t-elle le simple brossage seul ?

La controverse : « Croire au fil dentaire comme à la petite souris »

Le débat scientifique a pris une tournure inattendue en 2008 à la suite d’une publication particulièrement critique. Ses auteurs avançaient alors :

« La recommandation du fil dentaire repose essentiellement sur le bon sens populaire, or le bon sens n’a jamais constitué une preuve scientifique. »

Le constat était sévère : sur 11 études analysées de manière systématique, seules 3 ont mis en évidence un bénéfice mesurable du fil dentaire lorsqu’il s’ajoute au brossage traditionnel. Certains sceptiques sont même allés jusqu’à comparer les praticiens recommandant le fil dentaire à des partisans de la Terre plate :

« L’odontologie semble refuser d’admettre la réalité. Plus de 80 % des individus n’utilisent pas de fil dentaire au quotidien — et si le grand public avait raison contre les praticiens ? Le fil dentaire ne fonctionne pas, il faut l’accepter ! Y croire revient peut-être à croire à la petite souris. »

Pourquoi un si faible niveau de preuve ? Le biais méthodologique des études

Depuis 2008, d’autres travaux ont été menés. La revue systématique Cochrane de 2011 ainsi que des analyses plus récentes indiquent qu’il existe bien des preuves d’une atténuation de la gingivite, même si les données chiffrées sur le retrait mécanique supplémentaire de la plaque restent modérées.

Ce résultat mitigé ne découle pas d’une inefficacité de l’outil, mais des limites intrinsèques des protocoles de recherche :

  • Des cohortes restreintes : de nombreux protocoles comptaient moins de 30 participants
  • Des durées d’observation très courtes : souvent limitées à 2 à 4 semaines seulement
  • Une absence de standardisation du geste : la façon dont les sujets maniaient le fil n’était pas contrôlée
  • Des critères d’évaluation hétérogènes : indices de plaque et méthodes de mesure disparates
  • Un manque d’insu : les volontaires savaient pertinemment s’ils utilisaient ou non du fil dentaire

Comme le rappelait une mise au point parue en 2017 : « C’est la méthodologie des études évaluant l’efficacité du fil dentaire qui est défaillante, non le fil dentaire lui-même. »

Pourquoi l’industrie dentaire ne finance-t-elle pas d’études à grande échelle ?

La réponse est pragmatique : toutes les variantes de fil dentaire affichent des performances très proches. Les études comparatives entre fil ciré et fil non ciré, modèles ultrafins ou épais, fils classiques ou versions indéchirables ne mettent en évidence AUCUNE différence significative sur l’élimination de la plaque dentaire.

Dès lors, quel fabricant investirait des millions d’euros pour démontrer l’intérêt général du fil dentaire si l’étude ne permet pas de valoriser son produit par rapport à ceux de ses concurrents ? Ce manque d’incitation commerciale explique la rareté des essais cliniques récents de grande ampleur.

Utilisation fil dentaire avant ou après brossage : le verdict de l’étude de 2018

Fil dentaire d’abord ou brossage en premier ? Les deux approches

Même en reconnaissant l’utilité du nettoyage interdentaire, l’enchaînement idéal est resté longtemps sujet à discussion. Deux logiques s’opposaient :

Option 1 : D’ABORD le fil dentaire, PUIS le brossage

  • Le fil désincruste les résidus alimentaires et décolle la plaque dentaire située entre les dents
  • La brosse à dents évacue ensuite ces débris mobilisés hors de la bouche
  • Le fluor du dentifrice pénètre plus facilement au cœur des espaces interdentaires dégagés
  • Aucun résidu n’est piégé entre les faces proximales

Option 2 : D’ABORD le brossage, PUIS le fil dentaire

  • La brosse à dents nettoie la majeure partie des surfaces visibles
  • Le fil dentaire aide à répartir les traces restantes de dentifrice fluoré entre les dents
  • Le passage du fil constitue la touche finale de la routine

Ces deux hypothèses semblaient parfaitement cohérentes. Mais en matière de santé bucco-dentaire, seule l’expérimentation clinique permet de trancher.

L’étude Mazhari de 2018 : randomisée, contrôlée et sans appel

En 2018, l’équipe de Mazhari et ses collaborateurs a conduit le tout premier essai clinique randomisé contrôlé dédié à cette problématique précise : « The effect of toothbrushing and flossing sequence on interdental plaque reduction and fluoride retention ».

Le protocole expérimental :

  • Répartition aléatoire des volontaires en deux groupes distincts
  • Groupe 1 : passage du fil dentaire EN PREMIER, suivi du brossage des dents
  • Groupe 2 : brossage des dents EN PREMIER, suivi du fil dentaire
  • Mesures évaluées : quantité de plaque dentaire et concentration de fluor dans les espaces interdentaires

Le constat s’est avéré sans équivoque : débuter par le fil dentaire s’est imposé sur les deux critères.

Les personnes ayant appliqué le fil dentaire avant de se brosser les dents ont obtenu :

  • Une réduction significativement supérieure de la plaque dentaire dans les zones interproximales
  • Une concentration de fluor nettement plus élevée entre les dents
  • Une propreté globale accrue sur l’ensemble de la denture

Pourquoi commencer par le fil dentaire offre-t-il de meilleurs résultats ?

L’explication tient à la mécanique du brossage :

Si vous utilisez le fil dentaire APRÈS le brossage :

  1. Le brossage assainit les surfaces lisses des dents
  2. Le fil déloge ensuite les bactéries et résidus logés entre les dents
  3. Le problème : ces impuretés décollées restent bloquées dans la cavité buccale sans être balayées
  4. Le fluor déposé par le dentifrice a souvent été dilué ou rincé trop tôt

Si vous utilisez le fil dentaire EN PREMIER :

  1. Le fil décolle la plaque dentaire et désorganise le biofilm bactérien interdentaire
  2. Le brossage des dents qui suit balaie ces résidus, éliminés naturellement avec la mousse du dentifrice lors du crachats
  3. Le fluor actif du dentifrice accède directement aux espaces interdentaires parfaitement nettoyés
  4. La rétention du fluor est maximisée là où les caries interproximales se développent le plus fréquemment

Les recommandations de prévention bucco-dentaire, partagées notamment par l’UFSBD (Union Française pour la Santé Bucco-Dentaire), corroborent ce principe : libérer au préalable les interstices permet d’éliminer les débris lors du brossage tout en garantissant un contact optimal entre le fluor du dentifrice et l’émail interdentaire.

La routine d’hygiène bucco-dentaire idéale

À la lumière de ces données scientifiques, voici la séquence recommandée au quotidien :

  1. Étape 1 : Fil dentaire ou brossettes interdentaires – Nettoyage rigoureux des espaces interdentaires (qui représentent 40 % de la surface de vos dents !)
  2. Étape 2 : Brossage des dents avec un dentifrice au fluor – Pendant 2 minutes complètes, sur chaque face dentaire
  3. Étape 3 (facultative) : Bain de bouche fluoré – Pour prolonger le temps de contact et optimiser la disponibilité du fluor sans rincer immédiatement à l’eau

Fréquence conseillée : au minimum deux brossages par jour (matin et soir), accompagnés d’un nettoyage interdentaire approfondi au moins une fois par jour, idéalement le soir.

Comment bien utiliser le fil dentaire au quotidien

Mode d’emploi pas à pas

Le bénéfice retiré du fil dépend en grande partie de la précision de votre geste. De nombreux essais cliniques n’ont pas encadré la gestuelle des participants, ce qui explique en partie l’hétérogénéité des résultats observés dans la littérature.

La technique recommandée :

  1. Prévoir la bonne longueur : Coupez environ 45 à 50 cm de fil
  2. Enrouler : Enroulez le fil autour des majeurs de chaque main en conservant 2 à 3 cm d’espace tendu entre les deux
  3. Guider : Maintenez le fil fermement à l’aide des pouces et des index
  4. Insérer en douceur : Faites glisser délicatement le fil entre les dents par un léger mouvement de va-et-vient, sans jamais forcer d’un coup sec afin de préserver vos gencives
  5. Former un « C » : Courbez le fil contre la paroi de la dent pour épouser sa forme anatomique
  6. Mouvement vertical : Descendez doucement sous la bordure gingivale (sur 1 à 2 mm), puis remontez de la base vers le haut de la dent
  7. Nettoyer les deux faces : N’oubliez pas que chaque espace interdentaire sépare DEUX surfaces distinctes. Enveloppez la dent voisine en formant à nouveau un « C » et répétez le mouvement
  8. Changer de section : Déroulez une portion de fil propre avant de passer à l’interstice suivant

Les erreurs courantes à éviter :

  • Prendre un segment trop court et réutiliser la même section souillée pour toute la bouche
  • Faire un simple mouvement de scie horizontal sans épouser la courbure de la dent (ce qui nettoie le point de contact mais pas la face proximale)
  • Appliquer une pression excessive risquant de blesser le tissu gingival
  • Rester en surface sans descendre légèrement sous le rebord de la gencive
  • Négliger l’une des deux faces d’un même espace interdentaire

À quelle profondeur glisser le fil sous la gencive ?

Le fil doit s’insérer en douceur de 1 à 2 mm sous la gencive marginale, dans le sulcus gingival (le petit sillon situé entre la dent et le tissu gingival). C’est précisément dans cette zone que la plaque dentaire s’accumule et que le saignement gingival ou la gingivite s’amorcent.

Attention : Sur des gencives saines, ce sillon mesure généralement entre 1 et 3 mm de profondeur. En cas de parodontite, les poches peuvent atteindre 4 à 12 mm. Un passage trop brutal peut traumatiser le tissu et favoriser une récession gingivale (déchaussement).

Si vous ressentez une douleur récurrente ou observez un saignement gingival persistant lors du passage du fil, consultez votre chirurgien-dentiste : ces signes témoignent fréquemment d’une inflammation sous-jacente.

À quelle fréquence faut-il passer le fil dentaire ?

Les autorités sanitaires et les associations dentaires recommandent une utilisation du fil dentaire au moins une fois par jour, de préférence le soir avant le coucher.

Pourquoi privilégier le soir ?

  • Pendant la nuit, la sécrétion de salive (qui possède des propriétés antibactériennes naturelles) diminue considérablement
  • Les bactéries profitent de 7 à 8 heures d’inactivité pour se développer rapidement
  • Les résidus de repas accumulés au fil de la journée doivent être impérativement éliminés
  • Le fluor déposé par le dentifrice du soir agit efficacement tout au long de la nuit

Dans certaines situations, les praticiens préconisent même deux passages quotidiens (matin et soir), notamment en cas de :

  • Antécédents de maladie parodontale
  • Espaces interdentaires très étroits retenant facilement les fibres alimentaires
  • Port d’un appareil orthodontique ou de prothèses fixes (couronnes, bridges)
  • Risque carieux élevé

À partir de quel âge le fil dentaire est-il conseillé ?

Dès lors que deux dents de lait se touchent et créent un point de contact, les espaces interdentaires doivent être nettoyés. Chez la plupart des enfants, cette configuration apparaît vers l’âge de 2 à 3 ans, au moment de l’éruption des molaires temporaires.

Recommandations selon l’âge :

  • De 2 à 6 ans : Les parents réalisent eux-mêmes le passage du fil dentaire
  • De 6 à 10 ans : Sous la surveillance d’un adulte, pendant que l’enfant acquiert la dextérité nécessaire
  • Dès 10 à 12 ans : L’enfant réalise le geste en toute autonomie, avec des contrôles ponctuels

Pour les plus jeunes, l’usage d’un porte fil dentaire ergonomique ou de mini-arbalètes simplifie grandement la prise en main et favorise une bonne observance au quotidien.

Types de fil dentaire : fil ciré vs non ciré

Quel est le meilleur fil dentaire ?

La réponse en toute franchise : celui que vous utilisez réellement avec régularité. Les études cliniques ne montrent aucune différence significative dans l’élimination de la plaque dentaire entre les différents types de fils.

Fil dentaire ciré ou non ciré ?

Une étude comparative (Terézhalmy et al., 2008) a examiné quatre types de fils différents :

  • Fil standard non ciré
  • Fil dentaire ciré
  • Fil ciré ultra-résistant
  • Fil dentaire expansif (qui gonfle au contact de la salive)

Résultat : l’ENSEMBLE des quatre types a démontré une efficacité identique pour éliminer la plaque dentaire. Votre choix doit donc reposer sur vos préférences personnelles :

Fil dentaire ciré – Avantages :

  • Glisse plus facilement dans les espaces interdentaires étroits
  • S’effiloche et se casse moins facilement (plus confortable en cas de points de contact serrés)
  • Meilleure sensation de glisse, moins de résistance
  • Recommandé pour les débutants et en cas d’encombrement dentaire

Fil non ciré – Avantages :

  • S’épanouit légèrement entre les dents, offrant un meilleur contact de surface
  • Procure un retour tactile (on « entend » l’élimination de la plaque dentaire par un léger crissement)
  • Souvent plus écologique (absence d’enrobage de cire)
  • Recommandé pour les espaces interdentaires normaux à larges

PFAS et fil dentaire : un réel danger ?

Une étude de 2019 a mis en évidence des concentrations accrues de PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées, surnommées « polluants éternels ») chez les personnes utilisant certaines marques de fil dentaire traitées au Téflon. Les PFAS font l’objet d’inquiétudes sanitaires avérées (perturbations endocriniennes, risque accru de certains cancers).

Que faire au quotidien ?

  • Privilégier un fil non ciré ou enduit de cire naturelle (cire d’abeille, cire de candelilla)
  • Éviter les modèles qui mettent en avant une glisse PTFE (polytétrafluoroéthylène)
  • Rechercher des produits certifiés sans PFAS
  • Opter pour un fil en soie naturelle ou en bambou avec revêtement végétal

Ce risque doit être remis en perspective : les bénéfices apportés par le fil dentaire pour votre hygiène bucco-dentaire surpassent très probablement le risque potentiel lié aux PFAS. Il reste toutefois judicieux de choisir des alternatives sans PFAS dès qu’elles sont accessibles.

Utilisation du fil dentaire : problèmes fréquents et solutions

Saignement gingival et fil dentaire : normal ou préoccupant ?

Un léger saignement des gencives lors de la première utilisation de fil dentaire ou après une longue interruption est relativement habituel. Il traduit le plus souvent une gingivite sous-jacente (inflammation des gencives).

Saignement au cours des 1 à 2 premières semaines :

  • Généralement le signe d’une inflammation qui va régresser grâce à l’utilisation régulière du fil dentaire
  • Poursuivez le nettoyage en douceur (ne vous découragez pas !)
  • En règle générale, le saignement gingival s’estompe en 7 à 14 jours d’utilisation assidue
  • C’est un SIGNE POSITIF : cela prouve que l’inflammation a été délogée et commence à guérir

Saignement persistant ou abondant après 2 à 3 semaines :

  • Peut révéler une gingivite avancée ou une parodontite
  • Une consultation chez votre chirurgien-dentiste est recommandée
  • Un détartrage professionnel peut s’avérer indispensable
  • Votre technique est peut-être trop agressive : procédez avec plus de douceur

L’indice de saignement interdentaire d’Eastman (Eastman Interdental Bleeding Index) est couramment utilisé dans les études scientifiques pour évaluer la gingivite. Le saignement lors du passage du fil constitue un indicateur très sensible de l’inflammation des gencives – bien plus précis qu’une simple inspection visuelle.

Le fil dentaire peut-il faire reculer les gencives ?

La récession gingivale (déchaussement des gencives) causée par le fil dentaire est possible mais rare : elle résulte presque toujours d’un geste inadapté :

Facteurs de risque :

  • Mouvements de va-et-vient horizontaux agressifs, en « scie »
  • Pression forcée pour franchir un point de contact serré
  • Enfoncement trop brutal sous le liseré gingival
  • Utilisation de fils inappropriés (fil à coudre, fil de pêche – une pratique qui arrive réellement !)

Prévention :

  • Privilégiez des mouvements doux et maîtrisés
  • Faites glisser délicatement le fil entre les dents sans le faire claquer sur la gencive
  • En cas de contacts très serrés, utilisez un fil ciré ou plus glissant
  • Formez un « C » autour de chaque dent plutôt que de scier horizontalement
  • En cas d’hésitation, demandez conseil à votre dentiste pour une démonstration

Important : la cause principale de récession gingivale N’EST PAS le fil dentaire, mais la parodontite (consécutive à une hygiène bucco-dentaire insuffisante) ou un brossage des dents trop traumatique avec une brosse à poils durs.

Pourquoi le fil dentaire sent-il mauvais après utilisation ?

L’odeur désagréable constatée sur le fil dentaire usagé s’explique par :

  • Les bactéries et leurs dérivés métaboliques : les bactéries anaérobies produisent notamment des composés soufrés volatils (CSV) particulièrement odorants
  • La dégradation des débris alimentaires : les aliments riches en protéines coincés entre les dents sont décomposés par les bactéries
  • La plaque dentaire : le biofilm bactérien lui-même dégage une odeur caractéristique

Paradoxalement, cette mauvaise odeur confirme à quel point le fil dentaire était INDISPENSABLE : elle met en évidence la quantité de bactéries et de résidus accumulés entre vos dents. Une bonne régularité dans l’utilisation du fil dentaire diminue la charge bactérienne et atténue rapidement ces odeurs.

Si l’odeur est particulièrement fétide ou tenace :

  • Elle peut signaler la présence de caries profondes entre les dents
  • Une parodontite avec poches parodontales profondes
  • Des résidus alimentaires profondément enclavés
  • Un examen clinique chez le dentiste est alors recommandé

De quoi est composé le fil dentaire ?

Le fil dentaire traditionnel est généralement constitué de :

  • Nylon (polyamide) : la plupart des fils du commerce sont conçus à base de filaments de nylon
  • PTFE (polytétrafluoroéthylène) : présent dans certains fils ultra-glissants, mais source de réticences en raison des PFAS
  • Soie : matériau d’origine historique, plus rare aujourd’hui
  • Enrobages et actifs : cire (cire d’abeille, candelilla, carnauba), fluor, arômes naturels (menthe, etc.)

Des alternatives écologiques existent également :

  • Fil dentaire en bambou (enduit de cire naturelle)
  • Fils en pure soie naturelle (biodégradables, mais plus coûteux)
  • Fil dentaire en PLA végétal à base d’amidon de maïs (biodégradable)
  • Porte fil dentaire réutilisable pour réduire les déchets plastiques

Fluor et prévention des caries

Utilisation fil dentaire avant ou après brossage : pourquoi le rôle du fluor est capital

L’étude Mazhari de 2018 a démontré qu’adopter le fil dentaire avant le brossage entraînait non seulement une meilleure élimination de la plaque dentaire, mais également une rétention nettement supérieure de fluor dans les espaces interdentaires. Pourquoi cela fait-il toute la différence ?

Le fluor protège vos dents selon trois mécanismes majeurs :

  1. Reminéralisation : il répare les lésions précoces de l’émail avant que les caries ne se creusent, en réintégrant le calcium et le phosphate
  2. Renforcement de l’émail : il forme de la fluorapatite, une structure bien plus résistante aux acides que l’hydroxyapatite initiale
  3. Action antibactérienne : il inhibe les enzymes bactériennes et freine l’accumulation de la plaque dentaire

Les espaces interdentaires sont particulièrement exposés aux caries car :

  • Ils sont inaccessibles aux brins de la brosse à dents
  • Les débris alimentaires y restent facilement piégés
  • Les bactéries y prolifèrent dans un environnement anaérobie idéal
  • L’émail y reçoit souvent moins de fluor que les faces externes visibles

L’enchaînement « fil dentaire d’abord, brossage des dents ensuite » maximise l’action protectrice du fluor précisément là où les risques sont les plus élevés.

Concentration optimale en fluor

En France, l’UFSBD (Union Française pour la Santé Bucco-Dentaire) et les autorités sanitaires recommandent pour les adultes :

  • Dentifrice : 1 450 ppm de fluor (le dosage de référence chez l’adulte)
  • Au moins 2 brossages par jour : matin et soir
  • Ne pas rincer abondamment à l’eau : après le brossage, recrachez l’excédent de dentifrice sans rincer à grande eau (pour laisser le fluor agir durablement)
  • En option, un bain de bouche au fluor : en troisième étape après le fil et le brossage
  • Sel de table fluoré : prolonge son action protectrice environ 30 minutes après le repas

Pour les enfants, les recommandations sont adaptées selon l’âge (dosages en ppm réduits pour éviter les risques de déglutition).

La routine anti-caries en 3 étapes

En synthèse, voici le rituel d’hygiène bucco-dentaire validé par la recherche clinique :

Étape 1 : Nettoyage interdentaire (fil dentaire ou brossette)

  • Recourir au fil dentaire ou à des brossettes interdentaires (pour les espaces plus larges)
  • Nettoyer chaque espace interdentaire, sur les deux parois dentaires adjacentes
  • Former un « C » autour de la dent et descendre délicatement sous la gencive
  • Au minimum 1 fois par jour (le soir), idéalement 2 fois par jour

Étape 2 : Brossage des dents avec un dentifrice fluoré

  • Dosage à 1 450 ppm de fluor pour les adultes
  • Pendant au moins 2 minutes
  • Sur l’ensemble des faces dentaires (externes, internes et faces masticatrices)
  • Recracher simplement sans rincer à l’eau

Étape 3 (facultative) : Bain de bouche fluoré

  • Augmente la durée de contact et l’absorption du fluor
  • Particulièrement indiqué en cas de risque carieux élevé
  • À décaler du brossage : attendez 30 minutes ou utilisez-le à un moment distinct de la journée

Cette approche séquentielle garantit une « élimination plus approfondie des bactéries nocives et une concentration supérieure de fluor sur les surfaces dentaires » – notamment dans les espaces interdentaires, qui concentrent à eux seuls près de 40 % de la surface des dents.

Sources scientifiques

Simon G. - GesundeFakten Redaktion